« Vénus noire »
d’Abdellaif Kechiche ne peut pas laisser indifférent. Le sujet méritait qu’on le portât à l’écran dont on retrouvera aisément des commentaires éclairés comme des banalités complaisantes sur
Internet, dans la presse ou sur les plateaux télé emprunts de flagorneries insignifiantes. Si les acteurs sont excellents et tiennent magnifiquement leur rôle avec talent et professionnalisme, on
ne peut pas en dire autant d’une mise en scène abrutissante. Comme la prostitué avalant ses verres d’alcool, Abdellaif Kechiche nous distille une série de scènes récurrentes voire
même écœurantes qui n’apporte rien à la chronique sinon de nous saouler par un matraquage d’affectes autant visuels que sonores. Cette manière de faire du cinéma caméra à l’épaule, balayages
essuie-glace, gros plans macroscopiques, traveling abusifs et scènes redites cent fois ne fera pas de ce film une œuvre majeure sinon un moment douloureux à subir, tout comme la vie de Saartjie
Baartman, martyrisée, abandonnée, souillée autant par le voyeurisme salasse des foules en quête de sensation que part celui, plus scientifique, des naturalistes à l’empathie limitée à leur
scalpel. Mais voilà, Vénus hottentote était un sujet à traiter avec plus de finesse et d’élégance, plus de retenue, enfin tout le contraire d’une mise en scène racoleuse. A.K. a atteint ses
objectifs, ceux de nous assommer à défaut de nous ravir. Qu’il laisse ses lourdeurs comme ses téléobjectifs au placard au risque de s’assommer lui-même ce qui d’ailleurs, ne serait pas une perte
au panthéon du 7ième art. Au-delà de l’ œuvre cinématographique, pour autant qu’elle en soit une, le spectateur se sent agressé, tout comme Vénus Hottentote l’a été durant ses cinq ans de
calvaire, ce qu’à cherché très certainement l’auteur. Dommage que cette histoire n’ait été confiée à d’autres talents, E.K.[1] en aurait fait un chef d’œuvre.